David Czupryna, responsable du développement ESG chez CANDRIAM, réagit sur les derniers accords de la COP26

Concernant l’accord sur le méthane de la COP26 :
Il s’agit d’un accord important, mais il est dommage que ni la Chine ni la Russie n’en fassent partie, car la Russie, qui est un grand producteur de gaz naturel, est également une source importante de fuites de méthane. Sans la Russie ou la Chine, il est plus difficile de voir comment cet accord pourra conduire à une réduction mondiale significative des émissions de méthane. L’objectif de 30 % nous ramènerait au niveau observé dans les années 1990, ce qui est une bonne chose. Le méthane est le deuxième gaz à effet de serre après le CO2. Il se désintègre au fil du temps et ne reste pas indéfiniment dans l’atmosphère. Ainsi, si les émissions sont réduites, la quantité de méthane dans l’atmosphère diminuera de manière significative au bout de quelques décennies.

Concernant le GFANZ (Glasgow Financial Alliance for Net Zero) :

Bien qu’il soit réjouissant, ce chiffre est trop élevé pour être crédible. Une banque d’investissement peut signer l’engagement tout en ayant un certain nombre d’investissements finançant le pétrole, le gaz et le charbon, qui sont les principales sources d’émissions de C02. Cet engagement n’impose aucun rythme en termes de réduction des financements. Ce que cela signifie pour une banque d’investissement, c’est qu’elle peut s’engager à atteindre un niveau net zéro tout en prêtant des milliards à des activités qui contribuent aux émissions de CO2.

Dans l’ensemble, nous devons être prudents quant à l’idée que la finance peut résoudre le problème du changement climatique. L’impression est que la finance fournit de l’argent à l’économie et que par consequent de facto la finance serait l’une des principales solutions au changement climatique. Ce n’est pas nécessairement vrai. Par exemple, une partie importante de cet argent est investi de manière passive, ce qui signifie que l’argent est investi dans les plus grandes entreprises du monde quelles qu’elles soient, sans se soucier de leur impact sur le changement climatique.

Sur les engagements relatifs au charbon thermique :

Il y a eu des engagements récents pour éliminer progressivement le charbon, c’est un pas en avant mais il manque des détails nécessaires et il manque la présence de certains des plus grands utilisateurs de charbon dans le monde – la Chine, l’Inde et l’Australie. La Chine consomme 50 % du charbon mondial et, bien qu’elle ait déjà annoncé son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce plan ne prévoit aucun engagement contraignant et daté pour la fermeture de ses centrales au charbon. Tant que cela ne sera pas le cas, tout autre engagement sera secondaire.

Nous voulons assurer une sortie du charbon pour les pays émergents, comme l’Afrique du Sud. Si le charbon est si populaire dans nombre de pays en voie d’industrialiation, c’est entre autre parce que c’est une source d’énergie domestique, peu chère, et pilotable. Dès lors, demander à des pays en plein développement de se priver de cette ressource qui se trouve dans leur sous-sol sans leur fournir les moyens de s’en passer est illusoire. C’est pourquoi nous devons financer leur déploiement d’énergies renouvelables et leur fournir la technologie pour y parvenir.

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