Franck Dixmier : « Une BCE sereine mais sur le qui-vive »

  • Dans un contexte de persistance de la crise sanitaire, de risques géopolitiques élevés et d’une inflation toujours considérée comme transitoire, la Banque centrale européenne ne devrait pas faire d’annonce lors de sa prochaine réunion de politique monétaire.
  • La BCE devrait toutefois réaffirmer sa volonté d’être « agile », à l’instar de la Fed, et prête à intervenir si l’inflation continuait à accélérer.
  • Les marchés, confiants dans les prévisions de la BCE, ne devraient pas réagir.

Nous n’attendons pas d’annonce lors de la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) du 3 février 2022, compte-tenu des risques pesant sur la croissance dans un contexte de tensions géopolitiques élevées, et d’une inflation toujours considérée comme transitoire en zone euro. 

Avec la persistance de la crise sanitaire et des goulots d’étranglements dans les chaînes d’approvisionnement, les risques pesant sur les perspectives de croissance de la zone euro sont orientés à la baisse. Le Fonds monétaire international a révisé sa prévision de croissance 2022 pour la zone euro à 3,9%, soit une baisse de 0,4 point, et 2,5% en 2023, légèrement au-dessus de la croissance potentielle. De plus, les risques géopolitiques, notamment le conflit entre l’Ukraine et la Russie, se sont accrus, et pourraient avoir de réels impacts sur la croissance et l’inflation.

Par ailleurs, la BCE continue de considérer le pic d’inflation actuel comme provisoire. Malgré une inflation en décembre à 5%, contre 4,8% attendu, essentiellement provoquée par une augmentation de 26% des prix de l’énergie, et un core inflation à + 2.6%, celle-ci devrait repasser sous les 2% en fin d’année, comme souligné en décembre par Christine Lagarde et plus récemment par plusieurs figures de la banque centrale.

En revanche, cette réunion devrait être l’occasion pour la présidence de la BCE de reprendre la rhétorique communiquée par un certain nombre de membres du Conseil des gouverneurs ces dernières semaines. La BCE devrait réitérer sa volonté d’être, à l’instar de la Fed, pragmatique et agile (« nimble »), et prête à intervenir si l’inflation était amenée à rester trop élevée par rapport à son objectif de 2%. Parmi les outils à sa disposition, le premier serait de cesser les achats nets, comme précisé par Philip Lane, Chef économiste de la BCE. Ce n’est qu’après avoir mis fin aux achats nets d’actifs que les critères de relèvement des taux d’intérêt seraient examinés.

Nous estimons que la position plus hawkish de la Fed, qui envisage non seulement de monter ses taux, mais également de réduire la taille de son bilan d’ici peu, telle que révélée lors du FOMC des 25 et 26 janvier, ne devrait pas influencer à ce stade la BCE dans ses prises de décision. Les Etats-Unis et la zone euro ne sont plus dans le même cycle, notamment en termes d’inflation : il n’y a pas de signes d’une boucle prix/salaires en zone euro. De plus, la BCE ne subit pas de pression des opinions publiques, sauf peut-être en Allemagne. Elle a d’ailleurs donné des gages aux faucons en arrêtant le PEPP.

Elle ne subit pas non plus de pression des marchés. Ceux-ci achètent son discours sur une inflation transitoire, comme le montre la décrue des anticipations d’inflation : le point-mort d’inflation (« break-even ») à 10 ans est passé de 1,95% en octobre à 1,74% le 28 janvier, tandis que le 5 ans dans 5 ans a décru de 2,10% en octobre à 1,81% fin janvier, ce alors même que les prix continuaient à augmenter.

Cette réunion ne devrait pas avoir d’impact pour les investisseurs. La hausse du taux de dépôt de 10pb à -0.40% dès septembre 2022 anticipée par les marchés nous parait cependant prématurée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

error: Content is protected !!