Les principaux défis qui attendent Liz Truss, la nouvelle Première ministre du Royaume-Uni

Alors que Liz Truss vient d’être désignée pour succéder à Boris Johnson en tant que Première ministre du Royaume-Uni, Sue Noffke, Responsable des actions UK chez Schroders, dresse la liste des dossiers brûlants qui l’attendent déjà sur son bureau.

La nouvelle Première ministre britannique va devoir former un Gouvernement dans un contexte extrêmement grave : l’inflation au Royaume-Uni n’a jamais été aussi élevée depuis 40 ans, la flambée des prix de l’énergie devient un problème extrêmement préoccupant, tandis que le pays connaît une multiplication des mouvements de grèves depuis le mois de juillet. Sans oublier qu’un certain nombre de problèmes liés au Brexit n’ont toujours pas été résolus.

Un crise historique du niveau de vie

Il ne fait maintenant plus de de doutes sur les faits que les ménages britanniques s’apprêtent à se confronter à une forte compression de leurs revenus dans les mois à venir. Une inflation à deux chiffres est attendue d’ici la fin 2022, tandis que le prix de l’énergie a quasiment doublé depuis le mois de mai 2022. Par ailleurs, l’augmentation du coût des prêts hypothécaires devrait être d’une ampleur similaire.

Jusqu’à présent, le revenu disponible des ménages a augmenté en raison d’un marché du travail dynamique et de l’utilisation de l’épargne accumulée pendant les périodes de confinement liées au Covid. Toutefois, le baromètre des revenus réalisé par les magasins d’alimentation ASDA montre pour juillet 2022 une baisse de 16,5 % du revenu des ménages britanniques (hors primes) après impôts et dépenses en produits de première nécessité. Cela équivaut à une perte de 40 £ par semaine. Cette baisse du pouvoir d’achat risque de s’amplifier.

A cela s’ajoute le fait que l’épargne constituée pendant la pandémie – estimée à 190 milliards de livres – n’est pas répartie de manière égale entre les ménages. Près d’un quart des ménages n’ont pas d’épargne et 9 % ont une épargne de 250 £ ou moins. Avec une inflation susceptible de dépasser le pic de 13 % prévu par la Banque d’Angleterre (BoE), les ouvriers reviendront mi-2023 à leur niveau de vie d’il y a 20 ans (selon les recherches de la Resolution Foundation).

Liz Truss a plaidé durant la campagne pour des réductions d’impôts de plus de 30 milliards de livres afin de stimuler l’économie et éviter une éventuelle récession. Un soutien politique supplémentaire pourrait être apporté par l’annulation de la hausse des cotisations à la National Insurance introduite par le Gouvernement sortant afin d’augmenter le budget des aides sociales.

Une somme supplémentaire de 30 milliards de livres pourrait être fournie par le biais de l’Universal Credit (l’allocation généralisée de la sécurité sociale britannique), du relèvement des seuils d’abattement personnel de l’impôt sur le revenu ou de la réduction du niveau de la TVA.

Les mouvements de grève vont se poursuivre

Les travailleurs britanniques subissent actuellement les plus fortes baisses de salaire réel (salaires ajustés à l’inflation) depuis 1977. L’inflation devant rester élevée tout au long de 2023, les actions syndicales devraient se multiplier. En 2022, nous avons assisté à des grèves des travailleurs des transports, des postiers et des avocats, et cette mobilisation devrait s’étendre à d’autres secteurs. Toutefois, il est également possible que les actions de grève soient moins importantes que ce que l’on imagine. Cela pourrait être dû au faible niveau des réserves des fonds syndicaux, qui, combiné à la crise du coût de la vie, pourrait limiter les actions syndicales. Le secteur public, où les accords salariaux sont en retard sur ceux du secteur privé, est le plus exposé au risque de nouvelles actions syndicales à l’approche de l’hiver.

La spirale prix-salaire, dans laquelle la hausse des salaires entraîne une augmentation des prix qui, à son tour, entraîne une nouvelle hausse des salaires, devient un risque majeur pour l’économie britannique et pour le niveau de la livre par rapport aux autres devises.

Récession à venir : comment les entreprises vont-elles s’en sortir avec la hausse des coûts et la baisse des dépenses ?

La BoE prévoit désormais que le Royaume-Uni connaîtra une récession d’une durée de 15 mois en raison de l’impact de la hausse des taux d’intérêt et de la flambée des coûts de l’énergie. La confiance des consommateurs britanniques est tombée à son plus bas niveau depuis 50 ans.

Une étude de la Banque d’Angleterre indique que les entreprises britanniques sont convaincues qu’elles peuvent répercuter les hausses rapides de coûts sur les consommateurs afin de protéger leurs marges. Bien que ces résultats rassurent les investisseurs, ils inquiètent les décideurs politiques et la banque centrale car ils indiquent qu’une inflation plus élevée encore pourrait s’installer.

Les grandes entreprises auront été en mesure de couvrir une partie de leurs dépenses énergétiques, de sorte qu’elles ne seront pas aussi exposées aux hausses des prix de l’énergie à court terme. Cependant, les petites entreprises ont vu leur facture d’énergie multipliée par quatre au cours des 18 derniers mois. Le secteur de la grande consommation sera le plus menacé par la hausse des coûts de l’énergie, car les ménages réduisent leurs dépenses pour les articles coûteux, tels que les voitures et les articles ménagers, ainsi que pour les vêtements et les chaussures. Il faudra donc que des mesures soient prises pour protéger également les entreprises. 

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