Quelles perspectives pour le marché action américain en 2023 ?

John Bailer, gérant de portefeuille, présente quelques-uns des secteurs qu’il envisage pour sa stratégie US Equity Income1 et qui, selon lui, sont moins susceptibles de subir les caprices d’une économie mondiale en perpétuel changement.

Dans le présent contexte fait de hausse des taux d’intérêt et de forte inflation, certaines entreprises prisées des investisseurs au cours de la décennie écoulée pourraient être incitées à revoir leurs prévisions de bénéfices à la baisse, affirme John Bailer, gérant « US Equity Income » chez Newtoni. Cela, ajoute-t-il, pourrait mettre en lumière d’autres secteurs qui ne sont pas aussi dépendants des aléas de l’économie.

Selon John Bailer, l’accent manifeste placé sur la croissance par le marché actions américain ces quelque 10 dernières années a conduit à une offre excédentaire de services numériques, entraînant des surcapacités dans de nombreux domaines du secteur technologique.

Parmi ceux-ci, le marketing numérique, dont il estime que les entreprises ne devraient pas réitérer leurs bonnes performances de la dernière décennie. À ses yeux, cette évolution pourrait s’expliquer par le contexte macroéconomique difficile, qui amène les entreprises à réduire leurs dépenses publicitaires.

Il observe que des firmes technologiques telles qu’Alphabet, société mère de Google, et Meta, propriétaire de Facebook, devront faire face à un ralentissement des dépenses de leurs clients. En juillet, Alphabet a annoncé une croissance de son chiffre d’affaires trimestriel à son plus bas niveau en deux ansii. De même, les résultats de Meta pour le deuxième trimestre 2022 publiés en juillet ont révélé un recul plus marqué que prévu du chiffre d’affaires et l’entreprise a fait part de son intention de limiter la croissance de ses effectifs au cours de l’année à veniriii.

« Dans certains secteurs, le capital-investissement incite les entreprises à générer des liquidités et à réduire les coûts, et un moyen d’y parvenir consiste à diminuer les dépenses de publicité numérique », relate John Bailer. « Ainsi, ces entreprises [de publicité numérique] sont appelées à être davantage exposées aux aléas de l’économie et à des risques en termes de prévisions de croissance ».

Pétrole et infrastructures

En revanche, John Bailer pense que des secteurs de la « vieille économie », sous-investis au cours de la dernière décennie, devraient bénéficier de nouveaux moyens. Les dépenses d’investissement liées aux actifs physiques comme l’extraction du pétrole, par exemple, ont reculé, ce qui d’après lui est favorable au rapport entre l’offre et la demande pour l’or noir.

« Les prix du pétrole devraient, selon nous, se maintenir à des niveaux plus élevés pour une période prolongée », ajoute-t-il. « Même dans l’hypothèse d’une récession, nous estimons que la demande devrait rester stable ».

« Dans le même temps, l’âge moyen des immobilisations privées a augmenté aux États-Unis », avance John Bailer. Selon lui, le projet de loi américain sur les infrastructures d’une enveloppe de 1 000 milliards USDiv devrait contribuer à compenser une partie du manque d’investissement dans les infrastructures vieillissantes du pays et offrir des opportunités intéressantes.

Et d’ajouter « La tendance à la mondialisation s’inverse et nous entendons détenir des entreprises qui profiteront de ce rebond de la demande d’infrastructures ».

Pour John Bailer, le réseau électrique, qui pourrait bénéficier de la transition actuelle vers les énergies renouvelables, constitue un segment d’infrastructure susceptible d’être source d’opportunités. « Les entreprises qui ont pour clients les sociétés de services aux collectivités pourraient offrir des opportunités car ces dernières ne sont pas sensibles à la conjoncture économique », affirme-t-il.

« Peu importe l’évolution de l’économie mondiale, les entreprises de services aux collectivités réglementées vont continuer de dépenser parce qu’elles savent qu’elles doivent s’orienter vers un futur renouvelable. Face à l’augmentation du nombre de voitures électriques et au développement de l’énergie éolienne et solaire, ces entreprises industrielles qui s’adressent aux services aux collectivités et sont considérées comme cycliques perdront leur caractère cyclique sous l’effet de la forte demande de dépenses. »

Défense

La défense recèle aussi des opportunités pour J. Bailer, qui constate que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a amené plusieurs pays à accroître leurs dépenses militaires. « Peu après le lancement de l’offensive russe en février, l’Allemagne s’est engagée à relever ces dépenses à plus de 2% du PIBv, tandis que la Pologne les a augmentées de 2% à 3% de son PIBvi ». « Les clients consacreront de l’argent à la défense, quelle que soit l’orientation de l’économie », ajoute-t-il.

« Avant le conflit en Ukraine, les multiples des actions du secteur de la défense étaient plutôt modestes et aucune réévaluation significative n’a eu lieu depuis lors », affirme John Bailer. Il note également que la pénurie de semiconducteurs découlant des perturbations actuelles sur les chaînes d’approvisionnement mondiales a affecté les entreprises de la défense, mais qu’un ralentissement de la croissance mondiale pourrait libérer des capacités en entraînant un recul de la demande pour ces composants dans d’autres secteurs.

« À mesure que la croissance mondiale s’essoufflera, les entreprises de la défense auront abondamment accès à des semiconducteurs et, simultanément, il est peu probable que leurs revenus diminuent », déclare-t-il.

Par ailleurs, John Bailer recherche des entreprises disposant d’un pouvoir de fixation des prix qui les protège contre la hausse de l’inflation. D’après lui, certaines compagnies d’assurance, notamment celles qui proposent des polices d’indemnisation des travailleurs, pourraient tirer profit des augmentations de salaire.

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