Course folle entre dollar et euro par philippe simonnot

Philippe Simonnot est économiste et son dernier ouvrage en librairie s’intitule 
Europe’s Century of Crises Under Dollar Hegemony – with Brendan Brown 

La course folle entre dollar et euro continue. Avec cette fois une baisse de l’euro face au dollar, l’amenant au seuil de 1,17 contre 1,18 au début de la semaine.

L’explication donnée est que l’Europe est de nouveau plombée par la crise sanitaire. Le discours du président français Emmanuel Macron annonçant un couvre-feu à partir de samedi, entre 21 heures et 6 heures, en Ile-de-France et dans huit métropoles : Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse et Saint-Etienne, a douché les espoirs d’une accalmie sur le « front » du virus. Partout en Europe, l’angoisse redoublée conduit les gouvernements à prendre des mesures similaires. L’incertitude va durer « au moins jusqu’à l’été 2021 », pour reprendre les mots du chef de l’Etat français. De quoi plomber un peu plus le moral des consommateurs, qui, lorsqu’ils le peuvent gonflent leurs comptes d’épargne (pour des taux d’intérêt quasi nuls), mais aussi celui des entrepreneurs, menacés de faillite, et des investisseurs dont l’horizon n’a jamais été aussi bouché. Nous sommes toujours en guerre, comme le révèle le vocabulaire employé par Macron, préférant utiliser le mot de « couvre-feu » à celui, alambiqué, de « reconfinement nocturne » que certains experts en communication lui avaient conseillé pour éviter un rappel aux heures les plus sombres de notre histoire (l’Occupation allemande, la guerre d’Algérie).

Le repli de l’euro face au dollar, s’il se poursuit, devrait satisfaire Christine Lagarde. Nous vivons une époque où le prétendu gardien de notre monnaie s’inquiète lorsque son cours se valorise par rapport aux autres monnaies – alors que cette revalorisation nous enrichit – et se réjouit dans le cas contraire, qui pourtant nous appauvrit. La hausse de l’euro par rapport au dollar baisse mécaniquement le prix des importations européennes, faut-il le rappeler. Oui, certes, sans doute, mais cela pousse à la « déflation », dit-on dans les couloirs de la Banque Centrale Européenne, et ce n’est pas le moment. Raisonnement absurde, qui ignore les soucis de l’homme de la rue, inquiet de boucler son budget et de ses fins de mois dans le « rouge ».

En fait, la présidente de la Banque Centrale Européenne a pris un tour de retard par rapport à son homologue du Système de Réserve Fédérale des Etats-Unis. En effet, le 2 septembre 2020, Jérôme Powell, président de la banque centrale américaine, a laissé entendre qu’il modifiait le standard actuel du système monétaire international, qui est d’atteindre 2% d’inflation. Powell faisait comprendre qu’il laisserait désormais la hausse des prix dépasser momentanément la barre des 2% sans relever les taux d’intérêt du Système de Réserve Fédérale. Les agents de change ont immédiatement compris que le gardien de la monnaie américaine jouait la dévaluation.

Evidemment, cette guerre des monnaies pour l’appeler par son nom ne peut qu’aggraver la situation non seulement pour les zones concernées, mais pour l’économie mondiale dans son ensemble.

Le petit journal télévisé de vudailleurs.com

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